« Sisyphe – L’Humanisme des francs-maçons dans un monde chaotique »

Sisyphe – L’Humanisme des francs-maçons dans un monde chaotique

Revue semestrielle de la Grande Loge Mixte de France

Conform édition, N°9, juin 2025, 80 pages, 12 €

Au cœur de cette revue semestrielle émanant de la Grande Loge Mixte de France (GLMF) se déploie une méditation collective sur l’humanisme maçonnique, tel un phare illuminant les tumultes d’un monde en proie au chaos. Nous y discernons l’essence d’une quête initiatique, où les voix de frères et sœurs s’entrelacent pour raviver la flamme d’une fraternité éternelle, face aux ombres grandissantes de la discorde et de la déshumanisation. Félix Natali, ce Corse né à Ajaccio il y a quarante-huit ans, conseiller en gestion de patrimoine imprégné d’une passion écologique qui le porte à alerter sur le devenir de notre planète à travers des ondes radiophoniques, assume ici le rôle d’éditorialiste avec une vigueur qui reflète son ascension récente au poste de Grand Maître de l’obédience, élu en juin 2024. Son parcours, ancré dans une mixité sociale qu’il défend ardemment comme pilier de notre commune humanité, infuse à cet ouvrage une vitalité insulaire, rappelant comment les îles, berceaux de résistances, nourrissent les rêves d’universalité.

À ses côtés, Édouard Habrant, avocat parisien dont l’âge avoisine la cinquantaine, ancien Grand Maître entre 2015 et 2021, apporte sa plume acérée pour explorer les récits maçonniques face à l’adversité, lui qui a su naviguer les eaux troubles des responsabilités obédientielles avec une jeunesse qui défie les conventions. Michel Baron, psychanalyste chevronné, diplômé en économie sociale et en langues orientales, auteur d’ouvrages où la Franc-Maçonnerie dialogue avec les abysses de l’inconscient – tel Hiram et les enfants de la veuve, où il tisse les liens entre rite et psychanalyse –, élève ici la Société Protectrice de l’Altérité à la hauteur d’un symbole vivant, invitant à préserver la diversité comme un temple intérieur. Pierre Yana, figure discrète mais résonnante dans les cercles initiatiques, souvent évoquée dans des émissions radiophoniques maçonniques, prête sa voix à un nouvel humanisme, enrichi d’une bibliographie éparse mais profonde, marquée par des réflexions sur les pierres de touche spirituelles. Jean-Marc Glénat, dont le nom évoque les épopées illustrées de la Franc-Maçonnerie publiées sous d’autres auspices, mais qui ici transcende les pages pour polyphoniser l’humanisme, nous guide vers une symphonie où les voix discordantes deviennent harmonie. Charles-Albert Helenon infuse un transhumanisme à dimension humaine, rappelant comment la technologie, loin d’effacer l’âme, peut l’exalter dans une quête éternelle. Philippe Gaillard, dont l’ombre d’un journaliste africaniste plane peut-être en écho, mais qui ici assume une responsabilité éthique, tisse des liens avec les traditions hermétiques pour affirmer la parole responsable. Annette Sivadier, auteure dont les écrits émergent comme des invitations à la contemplation, explore la parole avec une finesse qui évoque les mystères voilés. Olivier Spinelli prône la nuance avant toute chose, dans une veine contemplative qui relie l’initiation à la subtilité du jugement. Nicole Guignard transmet l’héritage avec une douceur qui évoque les gardiennes des secrets ancestraux, tandis que Xavier Decrock interroge la place de l’économique dans nos vies, ancrant l’ésotérique dans le concret du quotidien. Dans cette tapisserie symbolique, nous nous immergeons comme dans un rituel prolongé, où chaque contribution s’élève tel un pilier du temple, soutenant l’édifice d’un humanisme résilient.

L’ouvrage nous convie à une descente aux racines de l’être, là où l’individualisme triomphant cède la place à une solidarité cosmique, inspirée des anciens mystères. Félix Natali ouvre la voie en peignant un tableau où l’humanité, fidèle à son idée première, pourfend les barbaries contemporaines par une dignité inébranlable, rappelant que nous, initiés, portons en nous les vestiges des civilisations antiques – Rome, la Grèce, les fondations hermétiques – pour rebâtir un monde où la mesure et la compassion règnent. Nous sentons vibrer la corde ésotérique lorsque Pierre Yana invoque un humanisme renouvelé, vers un horizon où la mixité n’est pas simple coexistence mais alchimie transformatrice, transmutant le plomb des divisions en or de l’unité. Jean-Marc Glénat, avec sa polyphonie, nous fait entendre les multiples tonalités de l’âme humaine, comme si les grades maçonniques se déployaient en une musique céleste, où chaque note, discordante en apparence, contribue à l’harmonie suprême. Ah, quelle profondeur initiatique lorsque Charles-Albert Helenon marie le transhumanisme à notre essence spirituelle, nous rappelant que la quête du surhumain n’est autre que l’ascension vers le divin intérieur, évitant les pièges d’une technologie dévorante pour embrasser une augmentation qui honore le sacré en chaque cellule. Philippe Gaillard, dans sa responsabilité affirmée, nous exhorte à une parole qui guérit plutôt que blesse, écho des serments prononcés dans le silence des loges, où le verbe devient outil de construction éternelle. Annette Sivadier élève cette parole à une dimension responsable, nous invitant à peser chaque mot comme une pierre angulaire, dans un monde où les discours hâtifs fissurent les fondations de la fraternité. Édouard Habrant, avec ses récits face à l’adversité, nous plonge dans les abysses des épreuves collectives – pandémies, crises, déchéances – pour en extraire la lumière maçonnique, celle qui transforme le chaos en opportunité initiatique, rappelant les épreuves des anciens mystères égyptiens ou pythagoriciens. Michel Baron, maître des liens psychanalytiques, érige l’altérité en sanctuaire, nous conviant à protéger la diversité comme on garde un feu sacré, contre les vents de l’uniformisation qui menacent d’éteindre l’étincelle divine en chacun. Olivier Spinelli, en prônant la nuance, nous guide vers une contemplation où le discernement maçonnique devient art de vivre, évitant les extrêmes pour embrasser la voie du milieu, cette équilibre hermétique qui unit les opposés. Nicole Guignard, dans sa transmission, tisse les fils invisibles qui relient les générations, assurant que l’héritage initiatique ne se perd pas dans les méandres du temps, mais fleurit en de nouveaux adeptes. Enfin, Xavier Decrock interroge l’économique non comme chaîne mais comme levier spirituel, nous rappelant que la matière, bien maîtrisée, sert l’élévation de l’esprit, dans une alchimie où l’or profane devient symbole de perfection intérieure.

Cette œuvre collective, riche de ces voix entrelacées, nous émeut par sa portée ésotérique, où l’humanisme maçonnique apparaît non comme doctrine figée mais comme vivant rituel, invitant chacun à une introspection profonde.

Nous y voyons le reflet de notre propre chemin initiatique, marqué par les symboles éternels – l’équerre de la rectitude, le compas de la mesure, la pierre brute à tailler. Face au monde chaotique, elle nous offre une réflexion véritable, belle dans sa densité, où la fraternité triomphe des ténèbres, nous rappelant que l’initiation n’est pas retrait mais engagement ardent pour un avenir où l’humain, pleinement réalisé, rayonne de sa lumière originelle.

Yonnel Ghernaouti, YG

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