
Franc-Maçonnerie magazine – De Jacob Boehme à Isaac Newton
Actualité, Philosophie, Tradition, Culture, Débat
NGH, N°105, juillet/août 2025, 66 pages, 7,50 €
Sous la couverture de Franc-Maçonnerie magazine, où les lettres s’élèvent avec la noblesse d’un fronton antique, le lecteur est invité à franchir le seuil d’un temple invisible. Ce nouveau numéro se présente tel un sanctuaire de papier, une vibrante Loge d’encre et d’esprit, où les Lumières dialoguent avec la Tradition dans un souffle d’éternité. Chaque page, ciselée avec la rigueur du maillet et la douceur du ciseau, trace les contours d’un espace sacré de méditation et de transmission.
Dans un éditorial, Hélène Cuny, directrice de publication et rédactrice en chef, éclaire d’une plume inspirée les racines profondes du siècle des Lumières. Refusant toute vision réductrice ou superficielle, elle rappelle que ce souffle libérateur ne jaillit pas du néant, mais germa longuement dans les sillons fertiles de la pensée symbolique, mystique et philosophique, bien en amont des encyclopédistes. En écho à cet héritage, sa prose ardente et bienveillante devient le vecteur d’un appel fraternel à l’émancipation de la pensée, à l’aiguisement du regard critique et à la fidélité à l’idéal d’une spiritualité libre et vigilante.
À l’horizon de cette quête spirituelle, un nouvel éclat s’est levé : le Salon Masonica Lille 2025, tenu du 16 au 18 mai à Ronchin, près de Lille, dans les vénérables bâtiments de la Grande Loge de France, admirablement orchestré par le Très Respectable Frère Thierry Sarrazin.
Célébrant son dixième anniversaire, ce Salon est devenu un rendez-vous initiatique majeur, placé sous le thème évocateur : « Quel humanisme demain ? ». L’événement a réuni auteurs, éditeurs et penseurs dans une atmosphère de fraternité universelle. Autour de tables rondes, de conférences et d’ateliers, les participants ont exploré les grandes thématiques symboliques, initiatiques et sociétales. Ouvert à tous, initiés comme profanes, ce salon a porté haut les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de tolérance, héritées de trois siècles de pensée maçonnique. Le vendredi 16 mai au soir, un spectacle mêlant humour et poésie, « Les Colonnes sont muettes chez les Argonautes », a ouvert les festivités, suivi d’un cocktail fraternel. Les visiteurs ont pu, durant ces deux jours, déambuler entre les stands d’éditeurs tels que Dervy, Detrad ou Numérilivre, rencontrer des auteurs comme Jacques Ravenne ou Éric Giacometti, assister à des temps forts comme la remise du Prix Spécial Masonica ou la table ronde : « Franc-maçonnerie & religion, conflit ou alliance pour l’avenir ? ». Dans ce creuset d’idées et de rencontres, où la lumière de la connaissance continue de briller pour guider les âmes en chemin, Masonica Lille, dont le Secrétaire général est notre Frère Patrick Weslinck, s’affirme comme un phare dans la nuit contemporaine.
Comme un écho vibrant à cette aspiration, la rubrique « Brèves » relate une célébration d’une portée symbolique profonde : la remise du prix littéraire de Masonica Lille, une initiative empreinte de ferveur qui exalte l’excellence littéraire au cœur battant de la tradition maçonnique. Cette cérémonie, drapée d’une solennité sacrée qui semble suspendre le temps, a marqué les esprits par la remise de la première œuvre primée, un moment où l’art, dans toute sa splendeur créatrice, s’unit à l’initiation dans une harmonie céleste, résonnant comme un hymne aux valeurs fraternelles les plus élevées.
À la tête de cette distinction, Yonnel Ghernaouti, distingué chroniqueur littéraire et président du jury, a rayonné par sa sagesse fraternelle et son regard éclairé, honorant une création riche de profondeur initiatique avec une humilité qui honore son propre parcours. Ce prix littéraire – une grande première – a réuni une mosaïque d’ouvrages, chacun déployant une voix singulière et une résonance unique au sein de la pensée maçonnique, comme autant de facettes d’un même joyau spirituel.
C’est au cœur de cette diversité qu’une voix d’une puissance singulière s’est imposée, par la justesse de son propos, la rareté de sa perspective et la profondeur de son engagement : Arnaud Waefelaer, Frère du Grand Orient de Belgique (GOB) et lauréat 2025, pour son essai Le Grand Architecte au service de l’Athée (F. Deville, 2025).
Avec une originalité saisissante qui défie les cadres établis, il interroge avec force et sincérité ce que peut signifier, pour un franc-maçon athée, la référence symbolique au Grand Architecte de l’Univers. Dans une démarche introspective, subtilement provocatrice mais toujours ancrée dans une fraternité chaleureuse, il renverse les évidences avec une audace réfléchie, ouvrant une voie inédite vers une spiritualité laïque, immanente et éthique, fidèle à l’idéal maçonnique sans se laisser emprisonner dans les dogmes rigides. Ce livre, à la fois témoignage vibrant de son parcours personnel et traité rigoureux bâti sur une réflexion profonde, médite avec une liberté inspirante sur la conciliation du doute et du symbole, du rationalisme et du mythe, du refus du théisme et de la quête insatiable de sens. En cela, Le Grand Architecte au service de l’Athée enrichit puissamment le débat contemporain sur la nature du sacré en franc-maçonnerie, offrant une réflexion qui transcende les frontières de la pensée traditionnelle et invite à un dialogue renouvelé.
Comme un souffle d’inspiration qui traverse les âges, la rubrique « Focus » s’ouvre avec une fresque captivante signée Jean-Moïse Braitberg : « De Jacob Boehme à Isaac Newton – Une brève histoire des pionniers des Lumières. » Cette méditation nous transporte à travers les siècles pour explorer les racines profondes d’une pensée visionnaire. Avec une plume vibrante d’érudition et de passion communicative, l’auteur nous guide depuis l’alchimiste mystique Jacob Boehme, jusqu’à Isaac Newton, génie des sciences dont les découvertes mathématiques et physiques s’entrelacent avec des réflexions profondes sur l’occulte et le divin. Il met également en lumière des figures complémentaires telles que Paracelse, Spinoza, Comenius, Locke ou Pierre Bayle, tous éclaireurs de conscience qui ont nourri la sève du projet humaniste.
À cette constellation de penseurs répondent, dans un registre plus opératif, les bâtisseurs de sens que sont les compagnons du Tour de France. Dans un article rigoureux et inspiré intitulé « L’ordre règne chez les compagnons », Jean-Michel Mathonière met en lumière les filiations symboliques entre franc-maçonnerie et compagnonnage. Il montre comment, dès le XIXe siècle, les iconographies compagnonniques ont intégré les colonnes J et B, l’équerre, la lettre G, le compas entrelacé – signes d’une filiation profonde. S’appuyant sur des documents rares comme l’édition de 1525 de la Géographie de Ptolémée, ou encore les in-folio de Vignole publiés par Pierre Firens entre 1620 et 1630, l’auteur convoque la figure de Jacques Barozzio de Vignole comme point de convergence entre l’architecture classique, le trait du compagnon et les codes maçonniques. Cette exploration érudite révèle une culture transversale où le trait devient prière, et la colonne écho de la verticalité intérieure.
À cela s’ajoutent aujourd’hui de nouveaux jalons documentaires, exhumés du patrimoine maçonnique comme des fragments de lumière révélant les premières fondations d’un Ordre encore balbutiant. C’est ainsi que Pierre Mollier, dans une contribution d’une grande portée historique et symbolique, dévoile la redécouverte d’un document rare : la plus ancienne patente de Loge française connue à ce jour. Copiée en 1766 par Louis-François Zambault, secrétaire général de la première Grande Loge de France, elle témoigne de l’établissement, dès 1736, de la loge dite « de Bussy Aumont », à Paris.
Ce manuscrit, conservé à la Bibliothèque du Grand Orient d eFrance (GODF), ne se contente pas d’authentifier une présence maçonnique précoce en terre française. Il révèle, dans le pli de ses formules rituelles et dans l’élégance de ses titres, la matrice d’une tradition en gestation. Y sont nommés les premiers dignitaires britanniques ayant œuvré à l’importation de la maçonnerie en France, comme Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, ou encore Jean Moore, Grand Secrétaire, Jacques Eliot, 1er Grand Surveillant, et Ducan Buchanan, Grand Trésorier. Le texte, dans sa solennité d’origine, prescrit une observance rigoureuse des règles maçonniques et invite à la formation d’une Loge « Régulière », en parfaite conformité avec les usages du Royaume. À travers cette pièce, ce sont les racines mêmes de la franc-maçonnerie française qui affleurent, encore mêlées aux rameaux de l’arbre britannique, mais déjà tendues vers une autonomie future.
Pierre Mollier souligne avec finesse les continuités invisibles entre ces loges du XVIIIe siècle et les premières structures obédientielles nées quelques décennies plus tard. Le nom même du Premier Surveillant mentionné en 1736 – le Vénérable Frère Le Lorrain – réapparaît dans les registres du Grand Orient de France sous la plume de Zambault, comme un fil secret reliant les débuts incertains de l’Ordre à sa structuration postérieure. Ces survivances, loin d’être anecdotiques, constituent la trame cachée d’une mémoire initiatique qui refuse l’oubli.
Ainsi, dans ce même numéro, Franc-Maçonnerie magazine mêle avec brio l’exploration des avant-gardes intellectuelles et la redécouverte des origines manuscrites, tissant un pont entre les spéculations des penseurs et les fondations opératives de l’Ordre. Ces pages révèlent que la quête de lumière ne se limite ni à la métaphysique ni à l’abstraction, mais qu’elle plonge ses racines dans des archives vivantes, dans les traces laissées par des Frères d’autrefois, tailleurs de pierre autant que tailleurs de sens.
Enfin, dans un contrepoint plus feutré, Denis Lefebvre médite sur le secret, non comme un silence vide de sens, mais comme un voile protecteur tendu entre l’être et le mystère, entre l’apparence et la vérité — un voile qu’il convient de soulever avec patience, humilité et respect.
En refermant ces 66 pages, le lecteur emporte avec lui l’héritage précieux de ces pionniers, gardiens d’un feu sacré transmis avec la ferveur d’une promesse éternelle. Un flambeau qui ne s’éteint jamais. Sous les auspices de cette revue, qui brille comme un phare inébranlable dans la nuit de notre quête, entre actualité vibrante, philosophie profonde, tradition vivante, culture riche et débat stimulant, nous trouvons un guide fidèle pour éclairer notre chemin initiatique, un compagnon de route qui nous rappelle la grandeur de notre vocation spirituelle.